11 novembre 2011

   C'est un assez petit hameau où habitent Julie et Félix. Deux rues qui forment un grand « L », avec l'église villageoise à l'angle droit. Jouxtant ladite église, il y a une butte, et une minuscule caverne. Statuettes, fleurs, et autres ex-voto ornent cette simple grotte où, paraît-il, étaient jadis placés des paroissiens décédés, durant les mois d'hiver. Exiger que le fossoyeur creusât dans un sol gelé était, j'en conviens, irréaliste…
   Aujourd'hui bien entendu, la caverne ne reçoit plus de défunts; c'est une espèce d'humble chapelle en plein-air dédiée à Bernadette Soubirous.
   Lorsque je vais chez Julie et Félix, je me demande où coucher pour ne pas les déranger – mais aussi pour éviter d'être moi-même vingt fois réveillé par leurs deux chats.
   Eh bien: pourquoi pas dans la grotte? Il n'y a ni grille, ni porte verrouillée! C'est un fort beau socle. Des roches plates. Au Guide Michelin des tombes, du quatre étoiles. Moins bien que Chéops, certes… mais qui peut s'offrir Chéops de nos jours?
   J'imagine la scène. Tard le soir, la dévote du village décide d'aller adresser une dernière prière à Bernadette. Sans lampe torche, son petit châle jeté sur les épaules, elle traverse la rue principale pour aller vers l'entrée caverneuse. Or moi qui suis au même instant confortablement allongé à l'intérieur sous une couverture de laine, je laisse échapper un gros bâillement. L'écho se charge du reste:

   WHHUÀÀ-Â-ÁÁGGHWLLL…

   Saisie de frayeur, croyant qu'un ancien macchabée revient à la vie dans la tombe communautaire, cette pauvre femme s'enfuit en délirant.
   Très Franquin, comme gag…


Aucun commentaire:

Enregistrer un commentaire