20 novembre 2016

   Dans le hall de la bibliothèque, une jeune femme parle à ses amis du film The Show of Shows, de Benedikt Erlingsson. Elle dit: « Pas d'narration. Pas d'contexte. C'est long, une heure et demie! »
   Si cette fille n'est pas mordue d'histoire, tant pis. J'ai adoré ce film, pour ma part; j'aurais bien voulu qu'il puisse durer trois heures! Si mademoiselle s'était le moindrement renseignée, elle aurait su qu'il s'agit d'un film sans narration. Elle dit aussi: « C'est comme Baraka mais en vieux noir et blanc… »
   Un peu désolant, oui. Mais que voulez-vous qu'on y fasse?
   Millennials. La génération du contexte et de la narration. Incapables de fermer l'appli du contexte afin de se laisser voguer tout simplement dans un mood. Je présume qu'ils n'écoutent jamais Schubert, ni Gershwin: il n'y a pas de paroles…

18 octobre 2016


   Il y a plusieurs années de cela, après avoir lu un bouquin de John Steinbeck intitulé Working Days, j'ai voulu tenir un journal d'écriture, c'est-à-dire prendre quotidiennement des notes à propos d'un travail spécifique. Cette expérience n'a duré que deux semaines.
   Aujourd'hui, je lis sur Twitter les commentaires de certains auteurs disant des choses comme: « Je n'ai écrit qu'une seule phrase cet après-midi, mais c'est une phrase du tonnerre. »
   Je ne peux toujours pas me résoudre à faire de même, et je ne comprends pas pourquoi... Il me semble que s'absorber en pointillé dans la rédaction d'une deuxième chose peut assez vite devenir la plus grande distraction imaginable. I'm a blind pig when I write, comme disait Hemingway.
   Lorsque j'écris, je me lance, sans préambule ni période d'échauffement. Je ne compose pas la moitié d'une lettre à mon grand-père avant que de reprendre là où j'en suis dans le chapitre six. Quand j'ai fini d'écrire, c'est idem: je me relis, rature ici et là, mets le dernier point final, et referme le cahier. Pas question d'ouvrir un second cahier pour y noter des impressions. « Très productif aujourd'hui. Je suis satisfait. Trouvé enfin la bonne façon d'aborder la question des “brigands” et de la jeune femme. Déplacé deux pages complètes de dialogue vers le chapitre huit où cela s'accroche mieux. Et puis à compter de demain, l'histoire du dolmen. »
   C'est du temps perdu, à mon avis.



26 août 2016


   YouTube et ses vidéos disparues... C'est dans l'air, Mylène Farmer au Stade de France: disparue et introuvable. Scatterlings of Africa, Johnny Clegg: disparue, et remplacée par une autre version de la même chanson – un clip moins enlevant, moins fluide, avec un Johnny Clegg plus jeune. J'aime bien, mais j'aime moins que le précédent.
   Souvent je visionne Sunday Morning de Kris Kristofferson: splendides vieilles images de San Francisco (je crois) dans les années 70. Cette vidéo disparaîtra sous peu, bien entendu.
   Chaque fois que je regarde le petit bout de film intitulé Berlin, July 1945 je suis transporté dans une sorte de grand calme doublé d'une limpidité contemplative. Petites scènes estivales en couleur tournées dans des décombres infinis, deux mois à peine après la fin de la guerre. D'une beauté et d'une tristesse absolument inoubliables.
   Cette vidéo aussi risque de se volatiliser sous peu, j'imagine.


15 août 2016


   Commentaires d'écrivains sur Twitter, parfois surréalistes.
   « Débuté le premier jet en février, et je viens de terminer, à la mi-août. Le plus long premier jet de ma vie, pour sûr! »
   Vraiment? Le plus long? L'un de mes premiers jets m'a demandé deux ans et demi!
   Quelqu'un d'autre déclare avec candeur: « Cette année je compte apprendre l'italien – et puis j'ai trois livres à écrire. »
   Pardon? Trois livres?
   Je me réconforte finalement avec Donna Tartt qui, de son côté, disait: « Travailler un texte pendant très longtemps lui confère une richesse qu'il est impossible de simuler. »


13 juillet 2016

   Le monde subissait une de ces crises, dangereuses pour les contemporains, où les peuples fusionnent à coups de couteau.

   – Pierre Mac Orlan


19 avril 2016

   Jusqu'à dix ans – c'est le jeu.
   Jusqu'à vingt ans – l'appartenance.
   Jusqu'à trente – l'intimité.
   Jusqu'à quarante – les projets.
   Par la suite, on ne fait que des retours en arrière sur les deux ou trois domaines dans lesquels on a eu le plus de succès.


28 mars 2016

   Repéré sur Kickstarter un projet intitulé Upside Down: Inverted Tropes in Storytelling. J'ai plutôt peur de voir ce que ça donnera, au final. Vont-ils tout simplement nous refaire un anti-casting des bons et des méchants, comme il n'y a pas si longtemps dans Once Upon a Time, ou vont-ils chambouler vraiment les archétypes comme l'avait réussi Béart dans sa chanson L'autoroute en bois?
   Les grands méchants loups doivent craindre les bergères… Let’s hope they get it right!



02 mars 2016

   J'ai parfois l'impression que je serais encore mécontent même si j'écrivais mon dixième roman. Mais il m'arrive aussi de penser à ce que disait Fritz Lang, au sujet de sa propre (et longue) filmographie: « Mon Dieu, c'est beaucoup trop! »

13 février 2016


   Science-fiction, fantastique, surnaturel, ne sont que des histoires racontées à gros traits. Les mêmes choses pourraient fort bien être écrites sans « effets spéciaux », mais les gens de nos jours s'attendent à ce qu'il y ait quelque chose d'impossible ou de magique. Contes de fées. Super héros en tous genres. Aventures interstellaires. Morts-vivants. Voyages dans le temps.


24 janvier 2016


   De nos jours, le Far West, c'est l'international. Assange réfugié dans son ambassade. Snowden caché dans un aéroport. Les types détenus à Guantanamo. Ils sont tous dans les Limbes. Pas de lois au Far West puisque nul ne saurait les faire appliquer. Le juridique international n'existe pas, seulement le commerce.