17 décembre 2012


   Il y a un an et demi, je suis monté, trente minutes, à bord du Bounty, le trois-mâts ayant servi durant certains tournages cinématographiques. J'ai pu descendre dans le tillac et parcourir l'entrepont, visiter des cabines, et même prendre quelques notes sur un papier fripé, dans la salle à dîner du capitaine.
   Récemment, le Bounty a sombré, durant l'ouragan Sandy.
   Deux membres de l'équipage y ont perdu la vie, et le navire lui-même, maintenant, repose au fond de l'Atlantique… Ces petits couloirs en bois où je suis passé, les cabines dans lesquelles j'ai pu jeter un œil en baissant la tête, tout cela est maintenant englouti dans les ténèbres par cinq cents mètres de fond, voire même davantage. Pour unique visiteur, il n'y a plus qu'un calmar par-ci, ou une méduse par-là.
   J'y pense, et c'est une étrange sensation qui fait un peu froid dans le dos!


04 décembre 2012


   Les gros rouages électoraux et politiques sont radicalement caducs: voilà pourquoi, au jour le jour, les citoyens ont à nouveau leur mot à dire. Mais alors, pourquoi avoir des élus? Autant n'élire personne et remplir quotidiennement nos bulletins de vote pour chaque décision socio-économique, chaque nouveau projet, chaque nouveau chantier, chaque nouvelle loi…
   Nous vivons ainsi déjà dans un gigantesque carambolage d'opinion publique.


02 décembre 2012


   Les gens sont de plus en plus corpulents – et absorbés dans des appareils de plus en plus minuscules. Le contraste fait sourire chaque jour davantage. Un cachalot consulte attentivement un timbre-poste…


25 octobre 2012


   Longue nouvelle chanson de Bob Dylan: Tempest. Tragédie festive? Le destin du Titanic, retrouvant des échos insoupçonnés jusque dans la cinquième dimension, et, un siècle après le naufrage et multiplié par un trillion, c'est aujourd'hui le destin de l'humanité tout entière. Et nous sommes cet immense paquebot orgueilleux qui sombre tranquillement, tranquillement, et à bord duquel un orchestre joue toujours, où des passagers têtus se resservent du scotch pour lever leurs verres en riant aux éclats.
   Ce morceau est un beau coup de génie.


24 octobre 2012


   Mon nouveau film fétiche s'intitule Fetih 1453, et c'est un film turc. Voir enfin des Sémites casser allègrement la gueule à des Caucasiens: il était grand temps! Pourquoi ces nigauds d'Américains seraient-ils les seuls à employer la recette?
   ‘This is Sparta!’ Les méchants Perses seront découpés en rondelles…
   Ce que le Léonidas américain tentait d'exprimer entre deux aboiements, le voici: Certes, économiquement parlant, nous ne sommes plus rien. Et politiquement, nous ne sommes plus grand-chose. Mais militairement, nous pouvons encore anéantir n'importe qui. Alors, bande de cons, allez vous faire foutre! Grrr!
   La prise de Constantinople se devait d'être racontée aussi. Pourquoi ne s'occuperait-on que de Léonidas, Achille, et Alexandre le Grand?
   Scène finale de Fetih. Le sultan Mehmet II pénètre dans la plus vieille cathédrale de la chrétienté; là, il prend dans ses bras une fillette byzantine, et déclare au peuple conquis: « Nos destinées sont désormais liées… » Au même instant, un soleil couchant scintille à travers une rosace de l'église. Si le réalisateur n'avait pas apporté cette touche finale, j'aurais piqué une sainte colère!
   Alors bravo! Même si c'est super cheesy. C'est hélas dans l'air du temps, n'est-ce pas? L'humanité peut devenir malheureusement très cheesy, et il importe de s'adresser à elle dans son dialecte courant.
   La race Caucasienne est comme la population de Constantinople: tout ce qui la protège encore est une gigantesque muraille érigée par ses lointains ancêtres.


26 septembre 2012

Le jour que mourrue le Francais


   Descriptions heurtées, structures grammaticales à l'anglaise, syntaxe erronée: on ne sait trop où va la langue française. On peut voir des phrases telles que: « Une série de très spéciaux ateliers. » En anglais, on aurait écrit: a selection of very special workshops. Ça fonctionne. Mais il y a des gens qui réfléchissent en anglais, voient leurs phrases en anglais, et collent ensuite dessus des mots français. Ça n'est donc plus du français.
   Quelques perles entendues çà et là:
   « On va pour la victoire. » (We go for the win.)
   « La paix d'esprit. » (Peace of mind.)
   « Faisons ça incrémentalement. » (Let's do it incrementally.)
   Sur Internet, certaines personnes se plaisent à nous sortir des mots, comme apparatchik, mais d'autres écrivent « austrasisme » lorsqu'ils pensent écrire ostracisme, et l'on trouve, sur les forums de discussion, des pages entières sans une seule virgule, ni un seul point. Alors? Vocabulaire recherché / orthographe médiocre / ponctuation inexistante?
   C'est un peu comme une patineuse artistique capable d'exécuter ses triples lutz, mais qui danse plutôt mal, et ne sait pas patiner du tout. Nous en sommes là.


25 septembre 2012


   Pourquoi la grande kermesse du changement paraît-elle toujours identique? Parce que rien vraiment n'a jamais changé. On réclame sans cesse les changements à cor et à cri, mais nous détestons, en réalité, quand les choses changent. On remplace une taxe par une autre taxe: les gens s'y opposent. On change le nom d'un boulevard: les gens s'y opposent.
   Il n'y aura plus de vraies révolutions ni de véritables bouleversements. Plus personne n'abolira jamais sa propre religion. L'on ne réinventera plus le calendrier ou les noms de mois. L'on ne transformera plus jamais la cathédrale Notre-Dame en vulgaire entrepôt de céréales.
   Le génie de 1789 demeure inégalé.


24 septembre 2012


   Il n'existe qu'une grande religion monothéiste qui pourrait s'appeler Biblisme. Ce sont les cinq premiers livres de l'Ancien Testament. Tout le reste n'est que variation sans fin sur le même thème – apocryphes, épîtres, évangiles, sourates, hadiths, tablettes en or au fond du chapeau d'un type en Amérique, et ainsi de suite.


23 septembre 2012


   Grèce antique. Assis sur une colline, les doyens observent une bataille, et commentent ce que font leurs jeunes hoplites: « Les fils de Makiphilès tentent d'encercler l'ennemi – quelle manœuvre audacieuse! »
   Europe médiévale. Installés au sommet d'une tour de guet, deux ducs et cinq comtes suivent l'évolution d'un affrontement. « Le connétable veut enfoncer la position adverse – l'aile gauche menace de céder; la victoire est à nous! »
   Amérique, 1870. Grimpés sur un promontoire, des Cheyennes âgés regardent leurs vaillants guerriers lutter contre la cavalerie yankee. « Ce que fait le jeune Hay-o-wei, est bien courageux – l'homme Blanc n'a pas su anticiper cette charge subite. »
   De nos jours. Assis dans un studio de télévision, deux analystes et deux anciens joueurs décortiquent et étudient le match en cours. « Nasri fait preuve, ici, de beaucoup d'initiative – ses coéquipiers, semblent galvanisés d'un seul coup! »
   Il y a toujours eu – et il y aura toujours – des quinquagénaires qui ne sont plus capables de combattre eux-mêmes et qui vivent leurs émotions fortes par jeunes gens interposés.


31 août 2012


   If it's not broken, don't fix it.
   Ce précepte très bien implanté aura présidé à la chute de tous les empires depuis Babylone – et préside en ce moment à la chute du nôtre en slow motion.


14 août 2012


   Journal télévisé. Trois histoires. Coup sur coup. D'abord, une famille ayant installé un potager dans le parterre avant de leur maison, puisqu'il y a trop peu d'ensoleillement à l'arrière – et la municipalité qui les force à enlever le tout, puisque ça ne respecte pas quelque obscur règlement.
   Ensuite, l'histoire de deux jeunes lesbiennes de seize ans, le meilleur couple de l'année, d'après les autres finissants – et leur commission scolaire, qui s'oppose, pourtant, à ce que leur photo de couple figure dans l'album de fin d'année.
   Troisièmement, un docteur suspendu récemment, selon un Collège des médecins, sous prétexte que ses notes post-opératoires sont « inadéquates ».
   Récapitulons.
   Ce potager devant la maison: non conforme.
   Les deux jeunes filles amoureuses: non conformes.
   Le médecin qui note les choses à sa façon: non conforme.
   Dans notre société, la Conformité restera la plus énorme force motrice. Big Brother vous regarde par le biais de votre conseil municipal, de votre commission scolaire, et d'une corporation, à laquelle vous êtes obligés d'adhérer.


24 juillet 2012


   Revu hier le film d'Oliver Hirschbiegel, Downfall. Les petites figurines nazies que l'on aperçoit, sur une table, ont-elles existé vraiment? Et puis, est-ce que des bambins allemands, à l'époque, collectionnaient avidement ces figurines?
   Dialogue entre ma mère et moi, en 1980:
   « Maman! J'ai perdu mon Chewbacca, aujourd'hui, en jouant au parc avec Martin!
 – Je peux te le racheter: tu as droit à une figurine par semaine, le samedi. Tu le sais.
 – Oui mais, cette semaine, j'étais censé avoir Yoda enfin!
 – Veux-tu Yoda, ou bien ravoir Chewbacca?
 – Est-ce que je peux pas avoir les deux? »
   Dialogue quasi identique, en 1940, entre une mère allemande et son petit garçon de neuf ans:
   « Maman! J'ai perdu mon Rommel, aujourd'hui, en jouant au parc avec Hermann!
 – Je peux te le racheter: tu as droit à une figurine par semaine, le samedi. Tu le sais.
 – Oui mais, cette semaine, j'étais censé avoir Mengele enfin!
 – Veux-tu Mengele, ou bien ravoir Rommel?
 – Est-ce que je peux pas avoir les deux? »


15 juillet 2012


   Mon médecin considère que je suis un tantinet trop intello. Il m'a dit: « Du sport. Du sport. Du sport. Il faut suer. » Ce sont ses paroles.
   Je n'ai rien contre. Seulement, j'aimerais entendre quelqu'un dire aux grands sportifs: « De la lecture. De la lecture. De la lecture. Il faut penser. » Mais je ne pense pas que ça soit demain la veille…
   Hier, donc, je suis sorti faire mon jogging, dans les rues du quartier. Après même pas deux minutes, je compris que j'avais l'air d'un con. Je n'ai même pas les vêtements appropriés!
   J'essaie d'imaginer un sportif accompli, mettons Cristiano Ronaldo, attablé dans un petit café, en train de compulser un bouquin sur Byzance et le parti stoudite. On dirait: « Il a l'air d'un con. »
   Faut que je me dégote un sport dans lequel j'aurai pas l'air d'un con. Peut-être le quidditch?


06 juillet 2012


   Le « seeder » moyen (comme son nom l'indique) ne fait qu'ensemencer Internet avec ce qui l'excite – Le Seigneur des Anneaux, True Blood, Game of Thrones et une douzaine d'autres titres. Treize à la douzaine, on dirait. N'essayez surtout pas d'y dénicher Maître Puntila et son valet Matti. Ça n'excite personne.
   À moins de posséder tous ces vieux films des années 30 et 40, pas moyen de les visionner. C'est un pan de notre culture qui se dissipe. Tant pis. J'en ai pris mon parti.
   Les vieux romans des années 20, 30 et 40, eux aussi, sont pratiquement introuvables, mais j'ai la chance d'avoir eu un grand-père qui se les procurait déjà à l'époque. Mon père en a hérité; j'ai accès à tout ça!
   Personne ou presque aujourd'hui ne connaît Albertine Sarrazin, René Fallet, ou René Daumal. Et quel privilège que de pouvoir lire des romans de Pierre Mac Orlan, La Cavalière Elsa ou encore Le nègre Léonard et maître Jean Mullin, publié en 1920 – l'histoire fantastique d'une sorcière villageoise et d'un vieux garçon adepte de chasse au faisan, farcie de phrases tant inclassables que sublimes: Cette disposition m'amena à considérer le sabbat, le Diable et son club, avec une certaine sympathie, en professionnel de l'aventure pour l'aventure, sans préoccupation du but à atteindre.
   Je ne renierai jamais la société actuelle, mais n'est-ce pas un bonheur que de pouvoir fermer la fenêtre de temps en temps, pour se replonger dans les années 20 avec la Cavalière Elsa, maître Jean Mullin, René Daumal, Fitzgerald et Hemingway vadrouillant entre la « Riviera » qui n'est pas une rivière et l'Île-de-France qui n'est pas une île?
   Fermer la fenêtre, oui. Un autre Total Recall joue au cinéma? Si celui de Schwarzenegger était un navet interplanétaire… pourquoi diable en faire une nouvelle version?
   Clac! (bruit produit par la fenêtre fermée).


04 juillet 2012


   Que se passe-t-il dans le monde? Chacun va promouvoir sa théorie originale, sa propre vision grossière ou nuancée qui toujours échappe à l'actualité centrifuge… C'est une dévolution d'ordre psychosocial… Ou le triomphe de l'égotisme… Ou alors une attaque en règle contre la social-démocratie, orchestrée par les milieux de la haute finance…
   Ma théorie? Les gens n'ont tout simplement pas lu (ou relu) l'histoire.


21 juin 2012


   De moins en moins de gens croient en Dieu; de plus en plus de gens disent: Oh My God.


07 juin 2012


   Nous sommes nombreux à confondre transmission des valeurs et perpétuation des idées reçues.


06 juin 2012


   Les expressions mesures d'austérité et société des loisirs ne feront jamais bon ménage, car il n'y a pas de loisirs austères, hormis les... échecs.


05 juin 2012


   La justice, le droit, c'est un peu comme Lost, la série télévisée. Chaque épisode ou procès apporte son lot de jurisprudence, et le tout ne peut que s'alourdir, s'alourdir encore, pour s'arrêter, finalement, dans un cul-de-sac. Échec et mat. Chāh mat. « Le roi est mort. »
   Le droit est mort, lui aussi, et il finira comme Lost, un de ces jours. On dira, à tout le monde: ça n'était qu'une immense hallucination – un rêve. Merci d'avoir participé, bande de gros cons!


18 avril 2012


   Mes amis et moi, parfois, jouons à des jeux de table, que je trouve plutôt compliqués. Imperial. Arkham Horror. Through The Ages. Je ne gagne jamais.
   Dans l'un de ces jeux, chaque participant préside aux destinées d'un empire, au fur et à mesure que se succèdent les siècles. Dépendant de ces époques, certaines cartes entreront en jeu: Monarchie, Fascisme, Monarchie constitutionnelle, Démocratie, et cetera. « Fascisme » demeure l'un des stades permettant de lever, à bas prix, la plus grande quantité de troupes, pour s'en prendre aux autres joueurs – surtout s'ils sont en train de gagner. (Cela se produit pratiquement à chaque partie.)
   C'est donc l'une des seules circonstances au monde où l'on puisse entendre quelqu'un – mon plus vieux pote, en l'occurrence – s'écrier joyeusement: « FASCISME! ENFIN! »


16 avril 2012


   Ce sont des musiciens, qui habitent au-dessus de chez moi. Un couple. Lui, joue de la guitare, et elle, de l'accordéon (ou vice-versa). Depuis un an, ils sont amoureux de musique gitane. Les cris, les mélopées et le tapage de pieds… Au commencement j'avais toujours l'impression qu'ils étaient en train de se prendre la tête.
   Les Kalderash règlent leurs comptes avec les Manush. Ça ne se fera pas en toute quiétude!
   Ils reçoivent parfois d'autres amis musiciens. Les Tziganes, qui rendent alors visite aux Manush et aux Kalderash. Deux guitares. Quatre voix. Merde. Je m'en vais prendre une longue marche dehors, moi…
   C'est comme si je vivais à Bucarest, il y a cent ans!


    Quelquefois, il arrive à mes voisins de s'engueuler, pour de vrai, mais je ne m'en rends pas compte. Je me dis simplement: « Bizarre tout de même, cette chanson à capella – ça gueule, ça tape du pied et tout, comme d'hab, mais où reste donc la guitare? Auraient-ils pété une corde? »


07 avril 2012


   À force d'analyser notre langage corporel... le psychologue nous privera de notre langage corporel. Par exemple: on ne peut plus croiser les bras, désormais, excepté tout seul, chez soi. Si l'on croise les bras, en présence d'une personne qu'on apprécie, elle croira qu'on ne l'apprécie pas. Et puis si on croise les bras en présence d'une personne que l'on n'apprécie pas, elle saura que c'est vrai.
   Plus la psychologie se développe, et plus nous sommes condamnés à demeurer debout, bien droits, bras ballants, sans regarder vers la droite, ni vers la gauche, face à l'interlocuteur et non de côté. Des robots.
   Thanks, shrinks.


04 avril 2012


   Années 60: idées raffinées, outils grossiers (machine à écrire, carbones). Années 2010: outils raffinés, idées grossières (moins de cent quarante caractères).


20 mars 2012

   Il y a la Logique, puis il y a le Sentiment. S'il existe un domaine dans lequel la Logique devrait primer toujours, c'est bien le processus électoral. Mais hélas, ça n'est guère le cas.
   Pourquoi tout ce cirque? Les « campagnes » électorales, pourquoi? Que chacun de ces partis publie une plateforme – et les gens pourront voter pour celle qui leur semble la meilleure. Même plus besoin de vos bureaux de scrutin! Il peut y avoir une case « vote » dans chaque déclaration de revenus. C'est tout.
   Tant pis. Le processus électoral reste illogique. Du sentiment, uniquement... Le charisme du candidat? Ses promesses? Ses poignées de main? Le bon mot qu'il a su placer durant le débat télévisé? Toutes choses qui ne l'aideront pas du tout à gouverner, une fois élu.
   Voilà notre système. Celui dont nous nous sommes dotés. Il nous ressemble. Illogique, et sentimental.


07 mars 2012

   Nous ne saurions racheter toutes les fautes de nos ancêtres – mais nous revendiquons tout ce qui nous est acquis « depuis l'époque de nos ancêtres ». Autrement dit reclassons nos héritages en deux catégories étrangement opposées: ce qui nous favorise, on le confirme et le conserve; ce qui nous désavantage, on le renie et l'abandonne.
   On veut notre iPad à prix (relativement) abordable; on refuse pourtant de voir les grandes entreprises déménager un seul emploi en Asie.
   Le beurre et le chou et la chèvre et l'argent du beurre, dans le désordre.
   Tant et aussi longtemps que l'Occident gagnait au change, ce principe de Level Playing Field, n'existait pas: le mot apparut miraculeusement, quand les « gagnants » de naguère perdirent l'avantage. Mais en 1700 et 1800 les nombreux autres peuples, mis à mal, auraient-ils jamais pu réclamer un Level Playing Field?
   L'Occident n'est qu'un enfant gâté, capricieux, et boudeur, et turbulent... Quand il gagne, il n'épargne personne – mais, lorsqu'il perd, tous les autres devraient faire preuve de retenue, et lui laisser une petite chance.


04 mars 2012

   Origène, c'est le Benjamin Franklin des Pères de l'Église: il a eu autant d'importance et d'influence que les autres Pères, mais n'a pas été canonisé (ni élu président).


22 février 2012

   Celles et ceux qui ont toujours souhaité voir The Catcher in the Rye au cinéma, vous savez maintenant que ce film sortira en 2060 (eh oui, cinquante ans après la mort de l'auteur). Ou alors voudront-ils nous faire le même coup qu'avec George Orwell qui devait entrer dans le domaine public, cette année, mais… non. (Big Brother existe: en voici la preuve formelle!)
   Holden Caulfield sera-t-il aussi influent? Rien n'est moins certain.
   C'est sans doute ce qu'a pensé Christopher Tolkien en publiant une somme en dix volumes – tentons de gagner encore un peu de sous, juste avant que tout ceci ne cesse d'appartenir à la famille; inédits ou pas, ça ne nous rapportera plus grand-chose, ces fragments et ces notes, une fois le délai expiré.
   M'a surpris le fait que l'œuvre de Tolkien ne soit pas protégé tout au moins jusqu'en 2023, c'est-à-dire: la date du décès de l'auteur (1973) plus cinquante ans.
   Il existe, quelque part, sûrement, une obscure institution à qui peuvent écrire les obscurs héritiers ou autres détenteurs de droits, pour dire « Donnez-nous cinq années de plus et puis en échange, on vous file dix pour cent des recettes. »
   Il y a toujours un profit.
   Depuis que l'œuvre des frères Grimm est dans le domaine public: films ou séries télé inspirés des frères Grimm. Depuis que l'œuvre de Conan Doyle est dans le domaine public: films ou séries télé sur Sherlock Holmes. Il y a même le livre des frères Grimm dans Sherlock.
   En ce qui concerne Stan Lee, il est toujours vivant, et ses personnages, de toute façon, ont été rachetés par Disney, ce qui est supercalifragilisticexpialidocious (c'est le grand mot que Mary Poppins préconisait d'employer, lorsqu'on ne sait pas quoi dire). Avec Disney, le domaine public n'existe pas – ou plutôt, c'est le pays où l'on n'arrive jamais.
   En 2015, Mein Kampf est censé entrer dans le domaine public, et cela énerve beaucoup de monde; seuls les anciens lecteurs de Tif et Tondu savent que l'auteur de Mein Kampf vivait encore en 1983 – alors, en réalité, le domaine public… pas avant 2053!



20 février 2012

   La terre du temps de Colomb et la télévision d'aujourd'hui ont parcouru des trajectoires inversées de la rondeur à la platitude.


08 février 2012

   À force de vivre aujourd'hui avec l'argent de demain, lorsque demain arrive enfin on n'a plus d'argent comme aujourd'hui c'est le cas.
   Assez simplet, certes. Mais bon, c'est une vulgarisation de l'histoire mouvementée du crédit, à peu près potable (la vulgarisation s'entend – pas l'histoire du crédit).


06 février 2012

   Le 27 janvier dernier, un petit vendredi, particulièrement dégueulasse, côté température. Une dame hassidique traverse la rue en sens inverse de moi, et, alors qu'elle n'est plus qu'à trois mètres... je la vois glisser brusquement et tomber sur sa cuisse gauche, assise dans la neige sale. Pour être précis: dans une écœurante mixture de neige, d'eau grisâtre, et de gros sel.
   Moi qui ai déjà avalé quatre cafés et qui me sens, peut-être, un brin trop dynamique, je m'écrie: ‘Jesus Christ!’ (déformation professionnelle; à travailler auprès des anglophones, j'ai adopté leurs jurons).
   Donc, une dame juive perd l'équilibre. Juste devant elle, il y a un non juif qui la voit, mais qui s'écrie: ‘Jesus Christ!’ Avant même de se relever, elle lancera à ce gars un regard qui n'a jamais auparavant été lancé par personne dans la très longue et visionnaire histoire des regards – une combinaison inédite, un trio d'émotions que nul n'avait encore conjuguées: lassitude + dégoût + stupeur.


18 janvier 2012

   Quand nous étions adolescents rebelles, on disait: « Il faudrait écrire FTW (Fuck The World) partout! »
   Maintenant, grâce à ces omniprésents petits icones Facebook (F) et Twitter (T), on y est presque! Sitôt que Wikipedia lancera son propre réseau social…


17 janvier 2012

J'avais la télé
Mais ça m'ennuyait
Je l'ai retournée
De l'autre côté c'est passionnant

   Boris, tu avais cent fois raison! Puisque la télévision avait cessé d'émettre en mode analogique, et qu'il fallait se convertir au digital, j'ai rechigné, et passé quatre mois avec mon téléviseur qui ne captait plus rien. Nada. Zilch. Nichts. Or donc j'en ai profité – je l'ai retourné, l'écran contre le mur: il y a longtemps que j'avais le goût d'essayer ça. Et c'est bien vrai. C'est passionnant!
   J'suis snob…


09 janvier 2012

   L'un de mes potes visite Dublin. Dès l'aube, il arpente les rues, cherchant la rivière Liffey, qui traverse la ville. Il n'arrive pas à la trouver. Puis, un vieil Irlandais, en titubant, sort de chez lui, ou d'un pub qui est resté ouvert, va savoir.
   Ce gars-là semble complètement noir, pense immédiatement mon ami. Et ça n'a pas du tout l'air d'être la première fois…
   Et alors, un lapsus vraiment hilarant. Plutôt que de demander à ce bonhomme où se trouve la rivière (‘Where's the river?’), il lui demande où se trouve le foie (‘Where's the liver?’).