26 septembre 2012

Le jour que mourrue le Francais


   Descriptions heurtées, structures grammaticales à l'anglaise, syntaxe erronée: on ne sait trop où va la langue française. On peut voir des phrases telles que: « Une série de très spéciaux ateliers. » En anglais, on aurait écrit: a selection of very special workshops. Ça fonctionne. Mais il y a des gens qui réfléchissent en anglais, voient leurs phrases en anglais, et collent ensuite dessus des mots français. Ça n'est donc plus du français.
   Quelques perles entendues çà et là:
   « On va pour la victoire. » (We go for the win.)
   « La paix d'esprit. » (Peace of mind.)
   « Faisons ça incrémentalement. » (Let's do it incrementally.)
   Sur Internet, certaines personnes se plaisent à nous sortir des mots, comme apparatchik, mais d'autres écrivent « austrasisme » lorsqu'ils pensent écrire ostracisme, et l'on trouve, sur les forums de discussion, des pages entières sans une seule virgule, ni un seul point. Alors? Vocabulaire recherché / orthographe médiocre / ponctuation inexistante?
   C'est un peu comme une patineuse artistique capable d'exécuter ses triples lutz, mais qui danse plutôt mal, et ne sait pas patiner du tout. Nous en sommes là.


25 septembre 2012


   Pourquoi la grande kermesse du changement paraît-elle toujours identique? Parce que rien vraiment n'a jamais changé. On réclame sans cesse les changements à cor et à cri, mais nous détestons, en réalité, quand les choses changent. On remplace une taxe par une autre taxe: les gens s'y opposent. On change le nom d'un boulevard: les gens s'y opposent.
   Il n'y aura plus de vraies révolutions ni de véritables bouleversements. Plus personne n'abolira jamais sa propre religion. L'on ne réinventera plus le calendrier ou les noms de mois. L'on ne transformera plus jamais la cathédrale Notre-Dame en vulgaire entrepôt de céréales.
   Le génie de 1789 demeure inégalé.


24 septembre 2012


   Il n'existe qu'une grande religion monothéiste qui pourrait s'appeler Biblisme. Ce sont les cinq premiers livres de l'Ancien Testament. Tout le reste n'est que variation sans fin sur le même thème – apocryphes, épîtres, évangiles, sourates, hadiths, tablettes en or au fond du chapeau d'un type en Amérique, et ainsi de suite.


23 septembre 2012


   Grèce antique. Assis sur une colline, les doyens observent une bataille, et commentent ce que font leurs jeunes hoplites: « Les fils de Makiphilès tentent d'encercler l'ennemi – quelle manœuvre audacieuse! »
   Europe médiévale. Installés au sommet d'une tour de guet, deux ducs et cinq comtes suivent l'évolution d'un affrontement. « Le connétable veut enfoncer la position adverse – l'aile gauche menace de céder; la victoire est à nous! »
   Amérique, 1870. Grimpés sur un promontoire, des Cheyennes âgés regardent leurs vaillants guerriers lutter contre la cavalerie yankee. « Ce que fait le jeune Hay-o-wei, est bien courageux – l'homme Blanc n'a pas su anticiper cette charge subite. »
   De nos jours. Assis dans un studio de télévision, deux analystes et deux anciens joueurs décortiquent et étudient le match en cours. « Nasri fait preuve, ici, de beaucoup d'initiative – ses coéquipiers, semblent galvanisés d'un seul coup! »
   Il y a toujours eu – et il y aura toujours – des quinquagénaires qui ne sont plus capables de combattre eux-mêmes et qui vivent leurs émotions fortes par jeunes gens interposés.