28 décembre 2011

   « Je déclare les Jeux d'hiver de la XXIe olympiade de Vancouver, officiellement clos. »
   C'est ce que disait Jacques Rogge, au micro, il y a presque deux ans, lors de la cérémonie de clôture.
   Et il a aussitôt été hué par trente mille personnes!
   C'est là un intéressant symptôme de ce qui se passe, en ce moment, dans le monde industrialisé: notre désespoir festif corrompt davantage chaque jour.
   Tout sera dorénavant prétexte à faire la fête: campagnes électorales, salons de l'auto, avant-premières de films, ou de spectacles, visites (dalaï-lama, prince William, pape), sortie sur le marché d'un nouveau iPad (tous les quatre mois), rencontres sportives, échanges des joueurs étoiles, lancements des navettes spatiales, dévoilement de la nouvelle collection Christian Dior, diffusion des derniers épisodes d'une série populaire, départ à la retraite de n'importe quelle personnalité du petit écran, et j'en passe.
   Notre société s'infantilise au point où, dès qu'un « parent » oserait dire: « Cela suffit, maintenant; il est l'heure de rentrer », on criera en serrant les poings: « Non! non! non! non! non! non! non! nooooooon! »


19 décembre 2011

Le jour où Dame Nature a grièvement merdé

   Dame Nature, après avoir créé ses dinosaures, eut vite fait de s'en lasser (comme, d'ailleurs, n'importe qui ayant jamais cultivé une passion pour les dinosaures). Donc, elle voulût s'en débarrasser. Plusieurs méthodes d'annihilation s'offraient: une virulente grippe, d'envergure dinosaurienne; une bonne vieille glaciation; les jeux vidéo; le fast-food…
   Malheureusement pour elle, et pour nous, Dame Nature a choisi un météorite. C'est un truc expéditif, eh. Les dinosaures ont tous morflé d'un coup et ils se sont transformés en essence super sans plomb – d'où l'apocalypse qui nous pend ces jours-ci au bout du nez.
   Le résidu de l'extinction des dinosaures favorise petit à petit notre propre effondrement.
   Putain, sans ce damné pétrole, nous serions restés comme en 1900, à peu près, c'est-à-dire: tramways électriques partout, aucune voiture, paquebots oui, avions non, chevaux pour la besogne de la ferme, et pas de pollution.



   Il s'agit ici d'une photo appartenant à la collection du musée McCord. Euh, j'espère ne pas recevoir une lettre d'avocat, s'il y a des droits réservés. Viens-je de me pendre avec ma propre McCorde?


14 décembre 2011

   Un « esprit libre », peu ou prou, équivaut à une défaite. C'est qu'on ne parvient plus à être libre. Car la liberté implicite, véritable, va de pair avec un esprit tout aussi libre. Mais, hélas, pour nous, malingres petits intellectuels, l'inverse n'est pas automatique.

12 décembre 2011

   Will they make it into a movie? Vont-ils en faire un film? Trop souvent on a entendu poser cette question relativement agaçante.
   Pourquoi, un film?
   Le roman ne suffit-il donc pas?
   Pour quelle raison la littérature, de nos jours, ne suffit-elle plus? Car la musique se suffit encore, que je sache. La peinture se suffit. La sculpture se suffit. La danse se suffit.
   Et la littérature, non?
   Comment se fait-il qu'elle soit devenue le vulgaire marchepied de la cinématographie?


21 novembre 2011

   Kaspar Hauser et Helen Keller jeune, auraient fait un joli couple: tous deux sont passés, avec élégance, de l'enfermement à l'apothéose. (Il y a une belle symétrie, aussi, dans leurs initiales.)


20 novembre 2011

   Pat Robertson prétend que les Haïtiens de 1804 firent un pacte avec le diable afin de se débarrasser des Français, et que, maintenant, ils subissent les graves conséquences dudit « contrat ».
   Premier point. D'après une tradition, il est vrai, Dessalines et ses lieutenants ont sollicité le concours de certains « esprits », avant que de chasser les Français. Mais une armée invoque bien souvent ses esprits ancestraux, avant une grande bataille. Les putains d'Assyriens, le faisaient. Les putains de Romains, le faisaient. Les putains de Mayas, le faisaient.
   Second point. Ce serait prendre le diable pour un idiot. S'il y a un diable, il s'acharnerait surtout sur la république de Goldman Sachs, non sur Haïti.
   Troisième point. Pour dépoussiérer de très anciennes conneries, il serait préférable d'avoir réussi maths élém, comme on dit, car si le « pacte » était de deux cents ans, tel que le veut cette légende – eh bien, ça s'est terminé en 2004. Thank you, Satan!
   Quatrième point. Pat Robertson est sénile. Au moins depuis 2004.


13 novembre 2011

   Il y a des auteurs solitaires, célibataires endurcis – Horace, Voltaire, Flaubert, et cetera; puis, il y a les mariés, les pères de famille, et même, certains qui se sont mariés plus d'une fois – Hemingway, London, Fitzgerald…
   Et puis, il y a aussi une troisième catégorie: ceux qui ignorent s'ils veulent jouer pour Team Horace, ou pour Team Hemingway.

11 novembre 2011

   C'est un assez petit hameau où habitent Julie et Félix. Deux rues qui forment un grand « L », avec l'église villageoise à l'angle droit. Jouxtant ladite église, il y a une butte, et une minuscule caverne. Statuettes, fleurs, et autres ex-voto ornent cette simple grotte où, paraît-il, étaient jadis placés des paroissiens décédés, durant les mois d'hiver. Exiger que le fossoyeur creusât dans un sol gelé était, j'en conviens, irréaliste…
   Aujourd'hui bien entendu, la caverne ne reçoit plus de défunts; c'est une espèce d'humble chapelle en plein-air dédiée à Bernadette Soubirous.
   Lorsque je vais chez Julie et Félix, je me demande où coucher pour ne pas les déranger – mais aussi pour éviter d'être moi-même vingt fois réveillé par leurs deux chats.
   Eh bien: pourquoi pas dans la grotte? Il n'y a ni grille, ni porte verrouillée! C'est un fort beau socle. Des roches plates. Au Guide Michelin des tombes, du quatre étoiles. Moins bien que Chéops, certes… mais qui peut s'offrir Chéops de nos jours?
   J'imagine la scène. Tard le soir, la dévote du village décide d'aller adresser une dernière prière à Bernadette. Sans lampe torche, son petit châle jeté sur les épaules, elle traverse la rue principale pour aller vers l'entrée caverneuse. Or moi qui suis au même instant confortablement allongé à l'intérieur sous une couverture de laine, je laisse échapper un gros bâillement. L'écho se charge du reste:

   WHHUÀÀ-Â-ÁÁGGHWLLL…

   Saisie de frayeur, croyant qu'un ancien macchabée revient à la vie dans la tombe communautaire, cette pauvre femme s'enfuit en délirant.
   Très Franquin, comme gag…


28 octobre 2011

   Nous avons prêté des émotions aux mammifères, ainsi qu'à certains oiseaux, mais jamais aux reptiles, et surtout pas aux insectes: cette sélection est purement émotive (justement), et elle n'a aucun substrat scientifique. Tout ce qui vit éprouve des émotions, ou alors, rien de ce qui vit.
   Un bébé phoque, à nos yeux, s'avère plus cute qu'un scarabée: opinion fortuite, et très arbitraire.

27 octobre 2011

   Septième art? Mais le septième art de quoi, au juste? Et surtout, de qui? La musique sera reconnue, en tant qu'art – mais pas le chant? La poésie sera le « sixième art », mais où reste la littérature? Où reste le théâtre? Et la photographie?
   Franchement, cette classification est une vraie farce.
   Sans conteste, l'architecture était un art, à l'époque classique. Hélas, à notre époque, plus vraiment. Si aujourd'hui l'architecture est un art, pourquoi pas le design de voitures, de frigos, de robots culinaires?
   Parlant d'architecture: quelqu'un peut-il me dire, qui donc a inventé ces grandes vitres jaunâtres, que l'on voit, sur les balcons des nouveaux condominiums? Un architecte quelconque, manifestement, aura démarré le bal – et ce truc a fait école. Alors, comment s'appelle-t-il, le premier, l'initiateur?
   J'aurais juste quelque chose à lui dire.


26 octobre 2011

   The Singularity. À chaque semaine, quelqu'un m'explique en détail de quoi il retourne, pour finalement conclure en disant: « Personnellement, je n'y crois pas. Ça ne se produira jamais. »
   Ceux qui y croient mordicus, on ne les rencontre nulle part. Je pense bien qu'ils existent, mais où sont-ils? Et les autres, pourquoi en parlent-ils? Cela ne sert à rien: il n'y a personne, pour en débattre. À quoi bon? C'est comme si je disais, oui, d'accord, Yog-Sothoth resurgira, un jour, et il dévorera toute vie, dans le cosmos – mais personnellement, hein, j'y crois pas.
   « Tu n'as qu'à la fermer, si t'y crois pas, ducon… »
   Neil Gaiman avait raison: Humanity only fight for imaginary things. L'humanité, ne se querelle jamais que pour des choses imaginaires.


13 octobre 2011

   Si Google Earth devait un jour acquérir une vraie vocation pédagogique, la voici: chaque être humain peut désormais faire gratuitement autant de visites virtuelles de Pompéi qu'il le désire. C'est magique. Le soleil brille toujours de tous ses feux. Ça n'est jamais l'heure de la fermeture. L'on peut s'y promener, du matin jusqu'au soir, du soir jusqu'au matin, s'attardant devant chaque mur, chaque porte, chaque bout d'odéon, revenant sur ses pas, flânant, et ce, sans avoir l'ombre d'une petite ampoule aux pieds!
   D'une certaine façon, Amélie Nothomb l'avait prophétisé.
   Je n'écris pas souvent ces deux mots-là ensemble, mais… Vive Google!

12 octobre 2011

   En moins de dix secondes, si vous pouvez expliquer la nature exacte de votre travail, et que le tout soit compréhensible… vous n'êtes pas très riche.

27 septembre 2011

   Il suffisait de savoir que le capitaine Achab fut naguère mutilé par la baleine blanche pour saisir toute l'étendue de sa détermination vengeresse. Inutile que le cinéaste contemporain ne se dépêche à porter à l'écran cette légendaire première rencontre, entre Moby Dick et le fameux capitaine. Car un pareil film hélas n'enrichirait en rien le personnage. Même, ça le priverait d'une partie de sa mystique.
   N'importe quel héros ne peut faire autrement que d'avoir des antécédents, et un passé. Et une genèse, si j'ose dire. L'on sait bien que James Bond a servi dans les forces armées, parce que les gradés l'appellent encore Commander Bond. Mais on n'a pas besoin de connaître cette époque-là.
   De nos jours, on met en scène le « background ». Comment Batman a-t-il débuté… Comment Hannibal Lecter, ou Darth Vader, sont-ils devenus ce qu’ils sont devenus… Comment les X-Men se sont-ils formés… Comment Arthur et Merlin se sont-ils rencontrés…
   Et le public – qui s'habitue – en redemande.
   Une sorte de petite crise identitaire hollywoodienne: en sommes-nous vraiment déjà là?


24 septembre 2011

   En 1980, vous pouviez vous procurer un radiocassette, et y faire jouer Kiss, toute la putain de journée, toute la semaine, toute l'année. Ça fonctionnait. Plus besoin d'y penser. Exit l'insouciance, hélas, depuis que la musique a été détournée par l'informatique – computer-highjacked – n'est-ce pas un très bon nom pour un groupe punk-rock, d'ailleurs?
   On ne vit plus à une époque où l'on achète, et plus besoin d'y penser, ensuite. C'est tout le contraire. On vit à une époque où l'on achète, et, ensuite, on aura toujours besoin d'y repenser. De mise à jour en mise à niveau, et de sauvegarde en nouveau pilote, sans oublier les défragmentations, et puis ce sempiternel enlèvement des « cookies »…
   C'est la raison pour laquelle les gens de ma génération cessent de faire des enfants; ils en ont tous deux déjà, au moins: leur ordinateur, et leur téléphone.


14 septembre 2011

   Lorsqu'un couple estime avoir du potentiel, des rendez-vous chez le médecin, désormais, sont une sorte d'étape indispensable. C'est une nouvelle tendance, très vingt et unième siècle, mais qui me fait ricaner, malgré moi. Je ne peux m'empêcher de penser à l'immobilier. Telle fille et puis tel garçon, s'entendent à merveille: ils ont l'impression de pouvoir faire, ensemble, un long bout de chemin; en un mot, ils en ont marre, de louer, et ont décidé d'acheter: mais avant de signer, il importe de savoir très exactement dans quoi on s'embarque…
   C'est à peu près comme si chacun était, tour à tour, le vendeur, puis l'acheteur de l'autre. Donc tous les médecins deviennent, ici, des évaluateurs agréés, à la recherche de « vices cachés ».
   Jusqu'où cela ira-t-il? Car il faut bien en rire, pas vrai?
   La façade a été refaite il y a dix ans – mais on a égaré le document pour en attester.
   Plomberie: on a hélas relevé certaines choses qui semblent n'avoir pas été confiées à un professionnel.
   Trois ans de musculation dans les années 90? Avez-vous conservé vos reçus?
   Quant aux fondations, elles ont l'air en très bon état.
   Un affidavit sera délivré à chacune des parties.


13 septembre 2011

   Toute petite chanson de Bob Dylan, intitulée Only A Hobo. Un enregistrement vraiment rare et plutôt rudimentaire, datant de 1962. Pourtant, tout y est. L'image. L'intuition. Le talent. La sensibilité.
   Dylan avait aperçu un clochard, étendu sur le sol, au coin d'une rue –, et cet homme-là lui a inspiré ce splendide morceau.
   Pourquoi n'entend-t-on plus rien, dans ce genre? Dylan n'avait que vingt-deux ans, la journée où il vit son clochard. Mais hélas, si un musicien de vingt-deux ans apercevait un vagabond couché par terre, de nos jours, il écrirait une chanson abjecte et méprisante, probablement intitulée Get A Job.
   Un véritable créatif ne doit-il pas pouvoir s'extasier, en tout? Depuis quand les préjugés et l'intolérance se sont-ils immiscés dans le processus artistique? Je n'ai pas trop prêté attention, je crois; à quel moment ce glissement a-t-il eu lieu?


08 septembre 2011

   Pendant dix années, soit de 1978 à 1988, l'actrice sud-coréenne Choe Eun Hee et son mari réalisateur furent enlevés par la Corée du Nord, et forcés à tourner plusieurs films, pour le compte de monsieur Kim senior. Ils furent assez bien traités, paraît-il. Nourris. Logés. Par contre, toujours, ils devaient demeurer productifs, cinématographiquement parlant.
   Putain, ça me fait rigoler comme c'est pas possible, cette histoire!
   On a écrit que c'est parce que les réalisateurs nord-coréens étaient plutôt médiocres… puis les actrices, également. Ils ont été obligés d'en kidnapper de meilleurs.
   Mais, au fond, tout cela, c'est de la discrimination! Car pourquoi des écrivains, des peintres, danseurs, sculpteurs, dramaturges, et photographes, ne seront-ils pas enlevés, eux aussi? Il n'y a pas de raison! Ces cinéastes nord-coréens sont incompétents? Mais pas leurs peintres, ni leurs auteurs? Je parie qu'ils sont tous pourris, jusqu'au dernier…
   Voici donc mon nouveau projet de vie. D'abord, apprendre le coréen. Ensuite, une fois que ça sera fait, aller rôder sur les avenues de Séoul, le calepin à la main et le nez en l'air, et puis attendre mes éventuels ravisseurs. Après cela: passer dix ans, dans une petite maison de campagne, quelque part, dans un bled perdu, en Corée du Nord, et composer une saga héroïque, en trois volumes, au sujet de l'arrière-arrière-grand-père de Kim Jong-il, ou quelque autre personnage de cet acabit. Ce qu'on me dira d'écrire, bref.
   Une routine stricte. Travailler quotidiennement sur un sujet ennuyeux, afin de le rendre intéressant. C'est une sorte de rêve d'auteur à l'ancienne.
   Il y aurait, en permanence, deux soldats armés, taciturnes, chargés de me surveiller, mais cela ne me dérangerait aucunement. Un vieux jardinier s'occuperait des fleurs, dans le tout petit parterre, devant ma fenêtre, et aussi, préparerait mes repas – frugaux, pour la plupart, sauf le jour de l'anniversaire du Président, où on a droit à un faisan braisé aux échalotes...


06 septembre 2011

   L'intelligence et la bandaison sont deux espèces menacées, s'il faut en croire les ventes vertigineuses de téléphones « intelligents » et de Viagra – pour y remédier.

18 août 2011

   Ils ont une règle (plutôt stricte, dirait-on), à la librairie Chapters. Chaque fois que vous la ramenez, au comptoir caisse, une fille vous demande: « Avez-vous trouvé ce que vous cherchez? » Elles sont obligées, de vous la poser, leur fichue question. Ça n'est pas parce qu'elles en ont envie, j'imagine. Mais j'ai tout de même préparé une liste. Je suis un brin susceptible, en ces matières-là.

   William Faulkner – Sartoris (version originale anglaise)
   Theodor Fontane – Effi Briest
   Robert de Boron – Vie de Merlin
   Sofia Kovalevskaya – Une nihiliste
   Nick Joaquin – Tropical Gothic
   Henry Rider Haggard – Allan and the Ice-Gods
   Birago Diop – Leurres et Lueurs
   Dr. Alfred Sternbeck – Filibusters and Buccaneers
   René Daumal – Le mont Analogue
   Gabrielle D'Annunzio – L'Enfant de volupté
   Jakob Wassermann – Etzel Andergast
   Antoine Gérin-Lajoie – Jean Rivard, le Défricheur
   Jean Merrien – La mer aux dames
   Edgar Andrew Collard – The Haunted House of Simon McTavish
   Charles Robert Maturin – Melmoth ou l'Homme errant
   Adalbert von Chamisso – L'Histoire merveilleuse de Peter Schlemihl

   J'imprime ça, sur un petit papier, et, la prochaine fois que j'y serai et qu'on me reposera cette question fatidique, je ne dirai plus un seul mot: très désinvolte, j'exhiberai ma liste, et les laisserai consulter leur misérable inventaire, et pianoter en vain sur l'ordinateur.
   Suck on that, Chapters.


17 août 2011

   Dans un restaurant assez bizarre, mi-chinois, mi-hawaïen, avec l'une de mes petites cousines, âgée de quatorze ans. Tout en vidant nos assiettes, on observe la décoration: fétiches, bambous, tortues, poissons empaillés, symboles mandarins, masques polynésiens. Même, on s'amuse à imaginer des noms pour ces drôles de divinités.
   Au moment de quitter le restaurant, nous devons repasser devant trois grands totems en bois, sept ou huit pieds de haut. Déjà, j'oubliais les quatre ou cinq noms, joliment farfelus, imaginés une demi-heure auparavant… Quelqu'un néanmoins s'en souvenait. Elle se place tout contre le totem central. Incline un peu la tête. Appuie son front sur le bois, presque noir. Pose ses deux bras, levés, sur les côtés de la statue. Et puis, d'emblée, la voilà qui prononce:

Grande Kâraghâ
Donne-moi la patience
Fais que je sois énergique
Et accorde-moi la force de pardonner

   Rien de plus à dire, excepté: n'est-ce pas franchement émouvant, et n'est-ce pas franchement génial?


08 août 2011

   Assis au bord d'une piscine, avec Julie, Félix, et Jimmy. Nous parlons d'un certain site Web – que je ne nommerai pas –, auquel sont abonnés plusieurs milliers de gens beaux et séduisants. Comment adhère-t-on au truc? Rien de plus simple! Vous n'avez qu'à envoyer une photo de vous, et puis les autres membres s'empresseront de voter pour (ou contre) votre candidature.
   Si la majorité juge que vous êtes un laideron, mieux vaut renoncer. C'est ainsi.
   Ça m'a ensuite fait réfléchir aux personnes laides, ou pas très séduisantes. S'ils mettaient sur pied, eux aussi, un chouette petit réseau social, sur Internet? Est-ce que ça ne serait pas sensationnel?
   Vous leur faites parvenir une photo, et… ils vous refusent! Moi, j'en serais catastrophé. Sans blague. Je tenterais de les faire changer d'avis. Coûte que coûte.
   « Allez, dirais-je. Acceptez-moi! Je suis loin d'être James Dean…
 – Mais vous n'êtes pas non plus Quasimodo, répondraient-ils.
 – Je ferai tout ce que vous voudrez!
 – Là n'est pas la question. Vous n'êtes pas un grand brûlé, à ce que je vois.
 – Euh, non…
 – Avez-vous un bec-de-lièvre?
 – Non.
 – Une dermatomyosite?
 – Malheureusement pas…
 – Fasciite nécrosante, alors?
 – Qu'est-ce que c'est que ça? Je vous soupçonne d'inventer ces mots!
 – Aucunement; c'est le nom scientifique de la bactérie mangeuse de chair.
 – Eh bien, je ne l'ai jamais contractée…
 – Lorsque vous l'aurez eue, de préférence au visage, rappelez-nous. Voilà.
 – Attendez, ne raccrochez pas! Je suis persuadé que je peux m'enlaidir! Il existe toutes sortes de produits cosmétiques. J'irai peut-être même jusqu'à subir une chirurgie!
 – Désolé, monsieur. Vous n'êtes pas qualifié. Au revoir. »

   Être cool, au final, qu'est-ce que c'est? Comment le définirait-on? Voudrait-on émuler ce qui est trop en vogue partout dans le monde, ou encore, s'identifier à ce que personne ne pratique, ni ne connaît? Si l'on avait le choix, voudrait-on adhérer à un réseau qui rappelle la distribution de séries telles que The Hills, CSI: Miami, ou appartenir à la clique grand-guignolesque des hideux et difformes?
   Je serais certainement refusé, chez les uns autant que chez les autres; chez les autres toutefois, cela me briserait le cœur.


07 août 2011

   Une main de jeune femme. Une très belle main. Saine. Et lisse. Des ongles sobres, quoique légèrement reluisants. Des doigts un tout petit peu plus roses que le dos de la main – comme si mademoiselle venait d'avoir à les plonger dans une eau très chaude. Et aussi, autour de l'index, un sparadrap, usé déjà, et qui trahit, adorablement, une quelconque maladresse, récent accident, coupure, ou éraflure... C'est toute la vie active et parfois désorganisée d'une jeune femme dans la vingtaine.
   Note pour moi-même: plus souvent écrire de petites choses dans ce genre, et surtout moins de critiques sociopolitiques à la mords-moi-le-nœud.
   Eh oui. J'en ai marre d'en avoir marre, comme chante Alizée.


27 juillet 2011

   Entamer le chantier d'un nouveau roman. Oui, pour celles et ceux qui ont la malchance d'écrire, cela constitue, tout de même, un baume rafraîchissant. On se laisse porter par l'inspiration. On note ce qu'il faut noter. Au gré du moment. Sans angoisse. Sans planification rédactionnelle. Sans incertitudes... Et quelle évasion! Surtout après s'être extirpé, à grand-peine, du manuscrit précédent, d'une difficile fin de roman, fastidieuse et alambiquée comme l'époque où nous vivons, si j'ose dire – quand le temps vient de tout refaire sans cesse, de compiler, répertorier, développer des outils de travail sur mesure et des fiches, tableaux, organigrammes, et autres listes de correction.
   Oui: une fin de roman, c'est un peu comme nos satanées années 2000.
   Un début de roman, par comparaison, ça rappelle, énormément, les années 70. Désinvolture. Au jour le jour. Joie de vivre. Pas l'ombre d'une liste de quoi que ce soit.
   Impossible de remonter le temps. Impossible de retourner en 78.
   Par bonheur, on peut toujours commencer un nouveau roman. Ça compense.

26 juillet 2011

   Les Américains descendent des cow-boys, et ils ont leur célèbre ATF, c'est-à-dire, cet insolite Bureau of Alcohol, Tobacco, and Firearms. Mais qu'est-ce que l'alcool, le tabac, puis les armes à feu ont en commun, excepté le fait d'avoir souvent été au « Saloon », dans le bon vieux temps du Far-West? Et cela s'appelle vraiment passer du coq à l'âne.
   Puisque c'est comme ça... pourquoi pas un quelconque Office National du Poker, de la Prostitution, et des Pianos mécaniques?

25 juillet 2011

   La littérature est un fantasme, et le cinéma est une porno. Dans un fantasme, tout de même, on devra faire environ cinquante pour cent du boulot – c'est-à-dire, imaginer. Dans la porno, il n'y a strictement rien à imaginer: tout est là, en gros plan, avec l'éclairage approprié.
   Le métier du romancier est sûrement très ingrat, puisque nous vivons dans ce sordide climat culturel où Universal Pictures et Paramount rachètent systématiquement les droits de tous les fantasmes… pour en faire des pornos.

19 juillet 2011

   Au risque de passer pour fétichiste du pied, j'ose dire que je suis un amateur de foot féminin. Mais il y a plusieurs joueuses portant des noms vraiment impossibles.
   Lorsque quelqu'un mentionne Abby Wambach, j'ai l'impression d'entendre le mot... Adirondack. (C’est un endroit où beaucoup de gens aiment à passer leurs vacances.)
   Lorsque j'entends le nom de Rapinoe, j'ai l'impression d'entendre Jalapeño. (C'est un piment.)
   Lorsque quelqu'un mentionne Heather Mitaines, je ne peux plus m'empêcher de m'imaginer une paire de gants chauffants, richement doublés en laine de mouton.
   Quant à Hope Solo, son nom me fera toujours repenser à une bannière, la plus cocasse jamais brandie par un fan, dans les gradins, tous sports confondus. C'était un gars qui avait peint sur une grande bande de tissu: « Marry Me, Hope, I'm Solo. »

18 juillet 2011

   À la montagne, pour tenter d'y photographier le mausolée de Simon McTavish. Sur un banc, tout près de l'emplacement, une jeune femme regarde en l'air. Immobile. Son cahier à dessin posé sur les genoux. Pensive. Absorbée, certainement, dans un monde intérieur dont on n'a pas idée.
   Une artiste. Je note. C'est indispensable. Et c'est ma façon bien à moi d'être artiste.
   Voir le tout. Voir ceux qui voient.

14 juillet 2011

   Il y a encore des gens qui refusent de croire à la Seconde Guerre mondiale en couleur.

13 juillet 2011

   Un homme, sûrement Grec, avait peint un grand drapeau grec, sur la porte du garage de sa maison, en banlieue – et une loi quelconque l'a rapidement forcé à le retirer.
   Vous voulez que les gens de mon âge en achètent, des maisons? Votez-nous les lois appropriées, d'abord. Moi, ma maison, j'y peindrai un énorme Ultraman, sur la porte du garage, un gigantesque Snoopy, sur la corniche, et, entre les deux plus grandes fenêtres: Gene Simmons.
   Et si la bicoque d'en face arbore Roger Federer, Barbie, Ken, Harry Potter, ou Hulk Hogan... ça ne me dérange aucunement.

   En 1875, Crazy Horse possédait une cabane, faisant face à celle de Lame Deer, premier chef de la tribu des Minneconjous. Crazy Horse avait décoré la façade de sa cabane avec une tête de bison coupée et ornée d'un motif écarlate. Lame Deer lui avoua combien cela le dégoûtait, et le pria d'enlever son sinistre trophée. Crazy Horse répondit: « Lame Deer n'a qu'à sortir de chez lui à reculons. Il verra toujours sa propre cabane. »


12 juillet 2011

   Au dépanneur du coin. J'achète un grand café. Je paie, puis je sors ma « carte café » Couche-Tard. La troisième rangée. Quatrième tasse. Le prochain, sera gratuit – et, ensuite, c'est la fin de cette carte: elle est remplie complètement.
   « Ça couvre quinze cafés, dis-je à voix haute. Une belle époque. Après, je fais encadrer. »
   La fille du comptoir, très stoïque, en estampillant la carte, m'annonce: « Les dépanneurs Couche-Tard ont mis sur pied un groupe d'entraide et de soutien pour ceux et celles qui vivent mal cette rupture. »
   Tordant... Vous n'avez jamais ça, à votre putain de succursale bancaire (où l'on en aurait pourtant le plus besoin).

11 juillet 2011

D'où viennent les Schtroumpfs


   Dans la nuit du 6 au 7 juillet, j'ai fait cet étrange rêve de Schtroumpfs. Je ne comprends d'ailleurs pas pourquoi j'ai rêvé à cela – je n'ai plus relu un seul de ces albums, depuis très, très longtemps. C'est peut-être dû à la canicule. On dort plutôt mal, en ce moment.
   Quoi qu'il en soit, le voici, ce rêve. Le Grand Schtroumpf s'enfuit d'une espèce de cité en flammes. Il est beaucoup plus jeune, et n'a pas encore de barbe, mais, par une « logique des songes », ou quelque chose comme ça, implicitement, je sais que c'est lui. Cette grande cité qui brûle, est peuplée exclusivement de Schtroumpfs jeunes et vieux, et qui portent tous bonnet rouge et vêtement rouge.
   Le Grand Schtroumpf sans barbe, donc, est un Schtroumpf semblable à tous les autres, à cette époque-là. Il se jette du haut d'une tour jusque dans le fleuve, avec un tonneau, qui l'aide à flotter... C'est ainsi qu'il échappe à une mort certaine. Une fois en sûreté, au loin, il ouvrira le dessus du tonneau, et il y a là toute une couvée de petits Schtroumpfs en bonnets blancs. Des nouveaux-nés. Une centaine.
   C'est assez mince, comme truc. Je le concède. Et il manque beaucoup d'informations. Qui a mis le feu? Quand la scène a-t-elle lieu dans le passé? Si jamais je rêve la suite, on avisera.

   En attendant, j'espère que le fantôme de Peyo ne m'en voudra pas trop, d'avoir schtroumpfé ça…


28 juin 2011

   La médiatisation à outrance: un petit complot que nous avons ourdi nous-mêmes, contre nous-mêmes. Tout le monde est un peu Big Brother, et, si je puis me permettre de paraphraser Sartre: Winston Smith, c'est les autres.

26 juin 2011

   Mourir, un après-midi à la fois, attablé devant un café, pour des idées littéraires... mais de mort lente, comme dirait Brassens.

19 juin 2011

   Dans un autobus, l'été dernier, ma cousine de treize ans m'a fait écouter Lady Gaga – une chanteuse à laquelle, depuis lors, je prête davantage attention; je me laisse prendre au jeu, même si je la soupçonne d'avoir plagié Mylène Farmer (Libertine, Born This Way: même mélodie).
   Cet hiver, pendant les vacances, mon neveu de presque trois ans m'a fait découvrir les personnages de Cars, le film d'animation, et j'ai fini par apprendre par cœur leurs noms. Ça n'en a pas l'air, mais il s'agit du même phénomène.
   Ainsi, sans y mettre aucun effort, ma cousine me fait aimer Lady Gaga... et mon neveu me fait aimer Lightning McQueen. Je n'ose imaginer ce que ça serait, si, moi-même, j'avais des enfants. Garanti, mon fils m'aurait rendu accro à Pizza Hut, puis aux jeux vidéo. Ma fille m'aurait rendu complètement dingo des Tamagotchi – et, plus tard, de Twilight.
   Les enfants détiennent ce pouvoir unique: la merde s'achemine jusqu'à eux, mais ne les touche pas, et se transmute plutôt à travers eux en quelque chose de lumineux, dont il faut savoir profiter, si l'on n'est pas trop con.


01 juin 2011


   Une romancière qui couche avec un romancier, c'est par trop littéraire... tandis qu'une poétesse, avec un poète, ça n'est pas suffisamment poétique.


31 mai 2011

30 mai 2011

11 Prairial, An CCXIX de la République Sociale et Universelle

   Au nombre des choses qui agacent, sur le site de Blogger, il y a cette datation, indélébile: pas moyen de désactiver l'option. La date s'inscrit, toute seule. Je me demande bien comment font les musulmans? Les bouddhistes? Et sûrement, il y a un brahmane, au moins, qui rédige son blog? Pourquoi quelqu'un a-t-il impunément décidé que nous calculerions tous nos dates d'après la naissance de Jésus-Christ? C'est de la discrimination! Il y en a qui comptent les années à partir de la naissance d'Elvis... Et certaines sectes se targuent de compter depuis l'emprisonnement de Cthulhu.
   Ce maudit comput nous opprime; aux armes, citoyens! formez vos bataillons!
   Je décrète que c'est le calendrier républicain, dorénavant, qui sera en vigueur, sur ce blog. Je n'ai rien contre Jésus, mais je préfère Fabre d'Églantine. Ce gars, c'est un génie. Nous sommes en l'an deux cent dix-neuf de la République Sociale et Universelle. Rien que le nom donne des papillons dans l'estomac. Un calendrier lunaire: quel pied! Tous les mois, ont trente jours. Sauf Fructidor, mon préféré (dernier mois de l'année, et qui tombe en plein été). Vive la Révolution!

24 mai 2011

   On ne dit jamais le poids des gens à leur décès. Seulement à la naissance.
   Monsieur Machin est décédé le vingt-quatre mai, à treize heures trente-six, entouré de ses deux enfants, de son épouse, et quelques amis proches. Il pesait cent quatre-vingt-trois livres.

22 mai 2011

   Une fillette s'amuse, devant chez elle, autour d'un grand tas de branches mortes. Sept ans, environ. Son père a probablement émondé l'arbre qui se trouve sur leur pelouse. Veut-elle créer une hutte? Une quelconque palissade? Quoi qu'il en soit, lorsque je passe sur son trottoir, elle indique l'amoncellement de branches, puis elle tend la main. « Barrage! dit-elle. Faut taper dans ma main! »
   Je n'ai pas réagi suffisamment vite. N'ai pas tapé dans sa petite main. Je suis passé tout droit.
   Depuis deux jours, souvent, j'y repense – et j'en ai le cœur serré. Les véritables règlements, je dois le dire, je m'en balance. Je traverse des rues, n'importe comment, n'importe quand, sans éprouver jamais l'ombre d'un remords. Toutefois, là, j'ai désobéi à un règlement d'une autre sorte; c'est drôle mais je m'en veux.

16 mai 2011


   Hollywood souffre de la névrose embêtante des remakes. On ne sait plus rien faire, que ça. Je crois que la boucle sera bouclée, le jour où il y aura eu un remake de Star Wars, l'original, de 1977... Ils ont refait Star Trek, alors, pourquoi pas?
   J'imagine bien Justin Bieber, dans le rôle de Luke Skywalker, Ashton Kutcher en Han Solo, puis Miley Cyrus en princesse Leia. Eh oui: quitte à vivre dorénavant dans cette culture du « réchauffé », merde, autant y prendre goût!

15 mai 2011


   Il était une fois, une grande demeure, mais presque vide. Dans chacune des cent pièces se trouvaient un meuble, un outil, et deux ou trois accessoires, souvent inassortis. (Par exemple, dans une salle, vous aviez une chaise, un tournevis, puis des couvertures. Dans la chambre voisine, lit, pinceaux, et lampe. Ailleurs encore, frigo, marteau, vis. Et ainsi de suite.)
   Un jour, quelqu'un, vivant dans deux pièces du devant, décida de passer presque partout, et rafler des choses dans les autres chambres, pour ramener le tout dans son petit domaine, ensuite. Après un temps, il réussit à aménager somptueusement ses deux pièces: murs peints, cadres, fauteuils confortables, lits douillets, rideaux, tapis, bibelots, tables, commodes, vaisselle, téléviseur, électroménagers, et cetera.
   Les ressortissants des nombreuses autres salles, ayant entendu raconter ce prodige, y allèrent voir de plus près – et voulurent s'installer, eux aussi, dans ces chambres privilégiées…
   L'occupant d'origine, peu ou prou, s'énervait. « Vous n'avez qu'à bien aménager les vôtres! » asséna-t-il à cette marée humaine. Mais c'était un peu en forme de boutade, sans aucun doute, puisque dans toutes les quatre-vingt-dix-huit autres pièces, il restait dorénavant bien peu de choses.
   Voici l'histoire de l'humanité, depuis 1480, ou 1500, environ, jusqu'à nos jours: nous sommes cette grande demeure; les deux chambres du devant sont ce qui a été baptisé l'Occident.
   Quelle que soit la permutation, il n'y a pas suffisamment d'ameublement, ni d'outils, ou d'accessoires disponibles, pour aménager cent chambres; et puis, celles que tous envient, n'accepteront jamais de se départir d'une grande part des tapis, fauteuils, ou autres meubles. Impasse, donc? Problème insoluble? J'en ai juste un peu assez d'entendre des gens qui disent: « Vous n'avez qu'à bien aménager les vôtres! »


14 mai 2011


   Attablé au Laïka, il y a trois jours, je buvais tranquillement mon café en faisant divers gribouillis sur une feuille. À presque toutes ces tables, il y avait des gens – et aussi, juste en face, de l'autre côté de la vitre, au kiosque à journaux.
   S'amène alors un chien. Tout seul. Sans son maître. Mais ça n'est pas un chien errant, puisqu'il porte un joli collier. Dans l'entrée, très calme, il s'arrête. Il tourne sa tête vers la gauche. Il tourne sa tête vers la droite. Puis, il fait demi-tour, et s'en va. N'a-t-il pas trouvé celle qu'il était venu voir?
   L'une des scènes les plus surréalistes de l'année, ça.
   Qui était Laïka? Souviens-toi!

07 mai 2011


   Vladimir Poutine n'est plus président de la Russie. Mais il conseille vigoureusement le président. Il est partout. Il contrôle tout. Il agit dans la coulisse. En un mot: il est devenu Vladimir Raspoutine.

03 mai 2011

   Beaucoup de gens dans la trentaine, y compris plusieurs de mes amis, sont en train de devenir, petit à petit, des baby-boomers.

27 avril 2011


   Google, c'est la bibliothèque d'Alexandrie. Sans le consentement des auteurs, voici qu'ils numérisent des millions d'ouvrages qui ne sont pas encore dans le domaine public –, tout comme les Ptolémées, ces fondateurs de la bibliothèque d'Alexandrie, « confisquaient » tous les livres des écrivains ou philosophes ayant le malheur de passer par leur pays... Ptolémée III était une espèce de collectionneur, obsessif et compulsif: il entendait accumuler le plus de documents possible, sur tous les sujets imaginables.
   Son rêve se réalise enfin. Après deux mille deux cent cinquante ans!

26 avril 2011

   Qu'est-ce qui restera une œuvre, et qu'est-ce qui sera appelé à transcender la mort de son auteur pour devenir une franchise à l'Américaine, c'est-à-dire, une marque de commerce? Tiens, on m'a raconté que monsieur Uderzo vient de se choisir un successeur – en d'autres termes, un gars qui dessinera tous les prochains albums d'Astérix, quand lui-même, Uderzo, sera décédé.
   Par exemple, James Bond, c'est une franchise, car il a bel et bien survécu à Ian Fleming. Et Star Trek a nettement survécu à Roddenberry.
   Alors: littérature, télévision, bande dessinée... Et ensuite? Verra-t-on, un jour, ce même phénomène dans la musique? Y aura-t-il des albums de U2 après la mort de tous les membres fondateurs du groupe?

25 avril 2011

   La politique, c'est comme un gratte-ciel. Un vieux gratte-ciel. Nous élisons, tous les quatre ans, une nouvelle équipe pour gérer ce gratte-ciel. Hélas, c'est toujours le même foutu gratte-ciel. Et toujours le même système. On nous fait néanmoins de grandes promesses, sans cesse. Nous allons mieux administrer le gratte-ciel. Nous allons faire un nettoyage dans le gratte-ciel. Nous apporterons des réformes majeures à l'aménagement du gratte-ciel...
   Mais on s'en contrefiche, du gratte-ciel. Ce qu'il nous faudrait, ça n'est pas une nouvelle équipe, mais un nouveau gratte-ciel. Voilà le véritable changement... Pas juste un nouveau parti, mais un nouveau système.

24 avril 2011

   En conclusion, je voudrais témoigner ma reconnaissance à tous les gens qui m'ont lu depuis les vingt dernières années. Je préfère y mettre d'abord quelques remerciements, pour que dans la suite ils soient toujours vus après le blog en tant que tel, et non pas avant lui, puisqu'il s'agit bien d'un machin qui se présente à l'envers: ce qu'on écrit après sera lu avant ce que l'on avait écrit avant. C'est subtil. Comme de lire un manga à l'endroit, je suppose!