Pendant dix années, soit de 1978 à 1988, l'actrice sud-coréenne Choe Eun Hee et son mari réalisateur furent enlevés par la Corée du Nord, et forcés à tourner plusieurs films, pour le compte de monsieur Kim senior. Ils furent assez bien traités, paraît-il. Nourris. Logés. Par contre, toujours, ils devaient demeurer productifs, cinématographiquement parlant.
Putain, ça me fait rigoler comme c'est pas possible, cette histoire!
On a écrit que c'est parce que les réalisateurs nord-coréens étaient plutôt médiocres… puis les actrices, également. Ils ont été obligés d'en kidnapper de meilleurs.
Mais, au fond, tout cela, c'est de la discrimination! Car pourquoi des écrivains, des peintres, danseurs, sculpteurs, dramaturges, et photographes, ne seront-ils pas enlevés, eux aussi? Il n'y a pas de raison! Ces cinéastes nord-coréens sont incompétents? Mais pas leurs peintres, ni leurs auteurs? Je parie qu'ils sont tous pourris, jusqu'au dernier…
Voici donc mon nouveau projet de vie. D'abord, apprendre le coréen. Ensuite, une fois que ça sera fait, aller rôder sur les avenues de Séoul, le calepin à la main et le nez en l'air, et puis attendre mes éventuels ravisseurs. Après cela: passer dix ans, dans une petite maison de campagne, quelque part, dans un bled perdu, en Corée du Nord, et composer une saga héroïque, en trois volumes, au sujet de l'arrière-arrière-grand-père de Kim Jong-il, ou quelque autre personnage de cet acabit. Ce qu'on me dira d'écrire, bref.
Une routine stricte. Travailler quotidiennement sur un sujet ennuyeux, afin de le rendre intéressant. C'est une sorte de rêve d'auteur à l'ancienne.
Il y aurait, en permanence, deux soldats armés, taciturnes, chargés de me surveiller, mais cela ne me dérangerait aucunement. Un vieux jardinier s'occuperait des fleurs, dans le tout petit parterre, devant ma fenêtre, et aussi, préparerait mes repas – frugaux, pour la plupart, sauf le jour de l'anniversaire du Président, où on a droit à un faisan braisé aux échalotes...
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