18 août 2011

   Ils ont une règle (plutôt stricte, dirait-on), à la librairie Chapters. Chaque fois que vous la ramenez, au comptoir caisse, une fille vous demande: « Avez-vous trouvé ce que vous cherchez? » Elles sont obligées, de vous la poser, leur fichue question. Ça n'est pas parce qu'elles en ont envie, j'imagine. Mais j'ai tout de même préparé une liste. Je suis un brin susceptible, en ces matières-là.

   William Faulkner – Sartoris (version originale anglaise)
   Theodor Fontane – Effi Briest
   Robert de Boron – Vie de Merlin
   Sofia Kovalevskaya – Une nihiliste
   Nick Joaquin – Tropical Gothic
   Henry Rider Haggard – Allan and the Ice-Gods
   Birago Diop – Leurres et Lueurs
   Dr. Alfred Sternbeck – Filibusters and Buccaneers
   René Daumal – Le mont Analogue
   Gabrielle D'Annunzio – L'Enfant de volupté
   Jakob Wassermann – Etzel Andergast
   Antoine Gérin-Lajoie – Jean Rivard, le Défricheur
   Jean Merrien – La mer aux dames
   Edgar Andrew Collard – The Haunted House of Simon McTavish
   Charles Robert Maturin – Melmoth ou l'Homme errant
   Adalbert von Chamisso – L'Histoire merveilleuse de Peter Schlemihl

   J'imprime ça, sur un petit papier, et, la prochaine fois que j'y serai et qu'on me reposera cette question fatidique, je ne dirai plus un seul mot: très désinvolte, j'exhiberai ma liste, et les laisserai consulter leur misérable inventaire, et pianoter en vain sur l'ordinateur.
   Suck on that, Chapters.


17 août 2011

   Dans un restaurant assez bizarre, mi-chinois, mi-hawaïen, avec l'une de mes petites cousines, âgée de quatorze ans. Tout en vidant nos assiettes, on observe la décoration: fétiches, bambous, tortues, poissons empaillés, symboles mandarins, masques polynésiens. Même, on s'amuse à imaginer des noms pour ces drôles de divinités.
   Au moment de quitter le restaurant, nous devons repasser devant trois grands totems en bois, sept ou huit pieds de haut. Déjà, j'oubliais les quatre ou cinq noms, joliment farfelus, imaginés une demi-heure auparavant… Quelqu'un néanmoins s'en souvenait. Elle se place tout contre le totem central. Incline un peu la tête. Appuie son front sur le bois, presque noir. Pose ses deux bras, levés, sur les côtés de la statue. Et puis, d'emblée, la voilà qui prononce:

Grande Kâraghâ
Donne-moi la patience
Fais que je sois énergique
Et accorde-moi la force de pardonner

   Rien de plus à dire, excepté: n'est-ce pas franchement émouvant, et n'est-ce pas franchement génial?


08 août 2011

   Assis au bord d'une piscine, avec Julie, Félix, et Jimmy. Nous parlons d'un certain site Web – que je ne nommerai pas –, auquel sont abonnés plusieurs milliers de gens beaux et séduisants. Comment adhère-t-on au truc? Rien de plus simple! Vous n'avez qu'à envoyer une photo de vous, et puis les autres membres s'empresseront de voter pour (ou contre) votre candidature.
   Si la majorité juge que vous êtes un laideron, mieux vaut renoncer. C'est ainsi.
   Ça m'a ensuite fait réfléchir aux personnes laides, ou pas très séduisantes. S'ils mettaient sur pied, eux aussi, un chouette petit réseau social, sur Internet? Est-ce que ça ne serait pas sensationnel?
   Vous leur faites parvenir une photo, et… ils vous refusent! Moi, j'en serais catastrophé. Sans blague. Je tenterais de les faire changer d'avis. Coûte que coûte.
   « Allez, dirais-je. Acceptez-moi! Je suis loin d'être James Dean…
 – Mais vous n'êtes pas non plus Quasimodo, répondraient-ils.
 – Je ferai tout ce que vous voudrez!
 – Là n'est pas la question. Vous n'êtes pas un grand brûlé, à ce que je vois.
 – Euh, non…
 – Avez-vous un bec-de-lièvre?
 – Non.
 – Une dermatomyosite?
 – Malheureusement pas…
 – Fasciite nécrosante, alors?
 – Qu'est-ce que c'est que ça? Je vous soupçonne d'inventer ces mots!
 – Aucunement; c'est le nom scientifique de la bactérie mangeuse de chair.
 – Eh bien, je ne l'ai jamais contractée…
 – Lorsque vous l'aurez eue, de préférence au visage, rappelez-nous. Voilà.
 – Attendez, ne raccrochez pas! Je suis persuadé que je peux m'enlaidir! Il existe toutes sortes de produits cosmétiques. J'irai peut-être même jusqu'à subir une chirurgie!
 – Désolé, monsieur. Vous n'êtes pas qualifié. Au revoir. »

   Être cool, au final, qu'est-ce que c'est? Comment le définirait-on? Voudrait-on émuler ce qui est trop en vogue partout dans le monde, ou encore, s'identifier à ce que personne ne pratique, ni ne connaît? Si l'on avait le choix, voudrait-on adhérer à un réseau qui rappelle la distribution de séries telles que The Hills, CSI: Miami, ou appartenir à la clique grand-guignolesque des hideux et difformes?
   Je serais certainement refusé, chez les uns autant que chez les autres; chez les autres toutefois, cela me briserait le cœur.


07 août 2011

   Une main de jeune femme. Une très belle main. Saine. Et lisse. Des ongles sobres, quoique légèrement reluisants. Des doigts un tout petit peu plus roses que le dos de la main – comme si mademoiselle venait d'avoir à les plonger dans une eau très chaude. Et aussi, autour de l'index, un sparadrap, usé déjà, et qui trahit, adorablement, une quelconque maladresse, récent accident, coupure, ou éraflure... C'est toute la vie active et parfois désorganisée d'une jeune femme dans la vingtaine.
   Note pour moi-même: plus souvent écrire de petites choses dans ce genre, et surtout moins de critiques sociopolitiques à la mords-moi-le-nœud.
   Eh oui. J'en ai marre d'en avoir marre, comme chante Alizée.