Il était une fois, une grande demeure, mais presque vide. Dans chacune des cent pièces se trouvaient un meuble, un outil, et deux ou trois accessoires, souvent inassortis. (Par exemple, dans une salle, vous aviez une chaise, un tournevis, puis des couvertures. Dans la chambre voisine, lit, pinceaux, et lampe. Ailleurs encore, frigo, marteau, vis. Et ainsi de suite.)
Un jour, quelqu'un, vivant dans deux pièces du devant, décida de passer presque partout, et rafler des choses dans les autres chambres, pour ramener le tout dans son petit domaine, ensuite. Après un temps, il réussit à aménager somptueusement ses deux pièces: murs peints, cadres, fauteuils confortables, lits douillets, rideaux, tapis, bibelots, tables, commodes, vaisselle, téléviseur, électroménagers, et cetera.
Les ressortissants des nombreuses autres salles, ayant entendu raconter ce prodige, y allèrent voir de plus près – et voulurent s'installer, eux aussi, dans ces chambres privilégiées…
L'occupant d'origine, peu ou prou, s'énervait. « Vous n'avez qu'à bien aménager les vôtres! » asséna-t-il à cette marée humaine. Mais c'était un peu en forme de boutade, sans aucun doute, puisque dans toutes les quatre-vingt-dix-huit autres pièces, il restait dorénavant bien peu de choses.
Voici l'histoire de l'humanité, depuis 1480, ou 1500, environ, jusqu'à nos jours: nous sommes cette grande demeure; les deux chambres du devant sont ce qui a été baptisé l'Occident.
Quelle que soit la permutation, il n'y a pas suffisamment d'ameublement, ni d'outils, ou d'accessoires disponibles, pour aménager cent chambres; et puis, celles que tous envient, n'accepteront jamais de se départir d'une grande part des tapis, fauteuils, ou autres meubles. Impasse, donc? Problème insoluble? J'en ai juste un peu assez d'entendre des gens qui disent: « Vous n'avez qu'à bien aménager les vôtres! »
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